Lorsque j’ai préparé mon séjour dans les Pouilles, je savais que je voulais voir Castel del Monte. Mais plutôt que d’y arriver directement en voiture comme la plupart des visiteurs, j’ai choisi une approche qui me ressemblait davantage : rejoindre le château après une randonnée à travers les paysages typiques de la région.
Marcher dans les collines couvertes d’oliviers permet de comprendre pourquoi ce monument apparaît presque comme une vision. Pendant plusieurs kilomètres, on traverse une campagne paisible, ponctuée de murets de pierre sèche et d’arbres centenaires. Puis soudain, au sommet d’une colline, surgit cette silhouette géométrique parfaite qui semble presque irréelle.
Après la visite, j’ai poursuivi cette immersion dans l’art de vivre des Pouilles en déjeunant dans une masseria. Ces anciennes fermes fortifiées transformées en lieux d’accueil constituent à elles seules une raison de visiter la région. Déguster une cuisine locale authentique après avoir découvert l’un des monuments les plus fascinants d’Italie donne à la journée une cohérence toute particulière.
Un château construit autour du chiffre huit
La première chose qui frappe lorsque l’on aperçoit Castel del Monte est sa forme inhabituelle. Ici, pas de plan carré, pas de tours rondes comme dans les châteaux médiévaux classiques.
L’ensemble du bâtiment est construit sur un plan octogonal. Chacun des huit angles est renforcé par une tour elle-même octogonale. Le chiffre huit est donc omniprésent.
Depuis des siècles, historiens et spécialistes cherchent à comprendre la signification exacte de cette géométrie. Certains y voient une référence symbolique entre le carré représentant la Terre et le cercle représentant le ciel. D’autres pensent que Frédéric II voulait simplement créer une œuvre architecturale unique démontrant ses connaissances scientifiques et mathématiques.
Quelle que soit l’explication, le résultat est saisissant. Même vu de loin, Castel del Monte ne ressemble à aucun autre château.
Qui était vraiment Frédéric II ?
Attention à ne pas confondre ce Frédéric II avec d’autres souverains portant le même nom.
Le constructeur de Castel del Monte est Frédéric II de Hohenstaufen, empereur du Saint-Empire romain germanique au XIIIe siècle. Né en 1194, il fut également roi de Sicile et l’une des personnalités les plus fascinantes du Moyen Âge.
Contrairement à l’image que l’on se fait souvent des souverains médiévaux, Frédéric II était un homme de culture. Il parlait plusieurs langues, s’intéressait aux sciences, à l’astronomie, à la philosophie et entretenait des échanges avec le monde arabe. Son ouverture intellectuelle lui valut parfois l’incompréhension de son époque.
On le surnommait d’ailleurs Stupor Mundi, « la merveille du monde ».
Castel del Monte reflète parfaitement cette personnalité hors du commun : un bâtiment qui est autant une démonstration de savoir qu’un monument de prestige.
Une étonnante impression de modernité
L’intérieur surprend autant que l’extérieur.
Les salles sont aujourd’hui vides. Les meubles, les décorations et les aménagements d’origine ont disparu depuis longtemps. Pourtant, en parcourant les pièces reliées entre elles avec une remarquable logique, j’ai ressenti quelque chose d’assez inattendu : une impression de modernité.
La lumière pénètre harmonieusement dans les salles. Les proportions sont équilibrées. Les lignes sont sobres et épurées. On est loin de l’image sombre et encombrée que l’on associe souvent aux forteresses médiévales.
À plusieurs reprises, je me suis surprise à imaginer qu’un architecte contemporain aurait pu s’inspirer de cet édifice. Huit siècles nous séparent de sa construction et pourtant certaines perspectives paraissent étonnamment actuelles.
C’est sans doute ce qui rend la visite si particulière : même vide, le château continue de parler à l’imagination.
Mon conseil aux voyageurs
Si vous prévoyez de visiter Castel del Monte, je vous recommande de ne pas en faire une simple halte photographique.
Prenez le temps de l’approcher lentement, si possible à pied à travers les oliveraies. Laissez le château se révéler progressivement dans le paysage. Une fois sur place, oubliez quelques instants les explications historiques et observez simplement les formes, la lumière et les perspectives.
Puis prolongez l’expérience dans une masseria des environs. Les Pouilles se découvrent autant par leurs monuments que par leur douceur de vivre.